Programme de l'album | Liner notes

Philippe Bruneau (1934-2011) a marqué la musique traditionnelle du Québec, tant par sa virtuosité comme interprète que par le legs de ses quelque 150 compositions, pièces pour la danse ou le concert dont plusieurs sont devenues de grands classiques. Ayant appris de son père à travers le répertoire des Montmarquette, Lajoie, Beaulieu, mais aussi des Montagnards Laurentiens et de la famille Soucy, il a plus tard forgé son propre son au contact de Jean Carignan, de Lionel Simard et surtout par son association avec Mme Dorothée Hogan, qui fut sa pianiste accompagnatrice pendant une dizaine d’années. Philippe Bruneau s’est installé en France dès 1991 et y fonda une famille. Il n’a jamais cessé de composer dédiant ses œuvres à des gens du Québec et parfois à ses parents et amis français. Son impressionnant répertoire, sensible et émouvant, restera toujours un incontournable pour notre patrimoine musical québécois.  

1 - Hommage à Alfred Montmarquette : Cette pièce fut composée à la mémoire d’Alfred Montmarquette (1871-1944), accordéoniste de Montréal, que Philippe considérait comme un maître. Armand Bruneau, père de Philippe, détenait une partie de son répertoire de Montmarquette qu’il avait côtoyé dans sa jeunesse. Montmarquette a produit une discographie très intéressante et diversifiée de marches, reels, valse et gigues, constituant une véritable clé de voûte du répertoire montréalais. La version ici présentée par Sabin et Rachel, tant au niveau mélodique qu'à l’accompagnement, provient de l’arrangement original façonné par Philippe et Dorothée. De plus, Sabin l'interprète sur un accordéon fabriqué par Marc Savoy de Louisiane, pratiquement identique à celui joué par Philippe lors de la création de l’œuvre.  

2 - Hommage à Sainte-Cécile : Cette composition rend hommage à la sainte patronne des musiciennes et musiciens. Philippe Bruneau, très croyant, insuffla à plusieurs pièces des allures de cantique. Il déclarait souvent, à cet effet, que son inspiration lui venait d’en haut. L’Hommage à Ste-Cécile est également dédié en amitié et en fraternité au célèbre fabricant d'accordéon de Montmagny, Marcel Messervier, dont on reconnaît une citation au cours de la pièce.  

3 - Hommage à Jean-Paul Beaulieu : Air composé en hommage à ce saxophoniste et clarinettiste québécois, un des derniers survivants du fameux ensemble Les Montagnards Laurentiens (1931-1962), dont il fut membre pendant douze ans. Celui-ci ne tarde pas d'ailleurs à devenir le nouveau directeur musical de l’ensemble, qui a été une des forces marquantes de la musique populaire de chez nous pendant plus de trente ans. Quoique le groupe n’ait gravé aucun enregistrement commercial de toute son existence, un rapide coup d'œil auprès de la génération d'auditeurs qui a suivi leur carrière sur les ondes radiophoniques ou qui a entendu ces musiciens lors de leurs tournées suffit à mesurer l'impact de cette formation au Québec. Sabin joue ici d’un instrument 3 rang SOL-DO-FA, donnant à la pièce un caractère original par les tonalités de ses 3 parties: SOL-RE et SIb. Un clin d’œil sympathique à ce musicien d’instruments à vents, dont les tons sont souvent dans l’ordre des bémols.   

4 - Hommage à Vincent Ouellet : Originaire de Lévis, secteur Lauzon, Vincent Ouellet est le petit-fils de Viateur Ouellet, membre de l’orchestre des Montagnards Laurentiens. Il fut lui-même membre du mythique groupe Eritage dès la fin des années 1970. Jean Carignan a présenté Vincent à Philippe Bruneau comme un important joueur de la relève. Par la suite, ces deux derniers se sont produit ensemble à quelques reprises, dont à l’Anglicane de Lévis et au Musée canadien de l'histoire, autrefois Musée canadien des civilisations à Gatineau. Bien que la tonalité d’origine de la pièce soit DO-DO-SOL, nous vous le présentons ici en RE-RE-LA, et habillé d’un accompagnement qui s’apparente au ragtime, improvisé par Rachel.  

5 - Hommage à John Kimmel : Marche composée en 1976 par Philippe Bruneau dans le style du grand joueur d’accordéon diatonique américain John Kimmel (1866-1942). Né de parents immigrés d’Allemagne, celui-ci a passé toute sa vie dans Brooklyn (New-York), où il tenait des saloons, sorte de cabarets. Il y présentait différents spectacles de variété, au cours desquels il se produisait pendant les entractes en compagnie du pianiste Joe Linder. Il figure parmi les premiers accordéonistes à enregistrer commercialement et le tout premier à enregistrer de la musique irlandaise. Ses interprétations virtuoses de pièces irlandaises, écossaises et américaines constituent encore aujourd’hui un défi et un modèle pour quiconque veut développer la maîtrise de l’accordéon diatonique. Philippe Bruneau ne cache pas avoir développé sa technique en travaillant le répertoire époustouflant de John Kimmel.  

6 - Hommage à André Gagnon : Air composé en hommage à André Gagnon, pianiste québécois. Après avoir, comme arrangeur, accompagné de nombreux chansonniers québécois, André Gagnon commence une carrière de compositeur classique qui en fera une célébrité internationale. En 1972 paraît son microsillon Les turluteries, sur lequel on retrouve des arrangements dans le style baroque des chansons de Madame Bolduc et en 1975 Neiges, sur lequel se retrouve le fameux Petit concerto pour Carignan et orchestre qu'il compose pour Jean Carignan, réputé violoneux, ancien partenaire de Philippe. Ce seront sans doute ces deux réalisations majeures qui auront provoqué l’admiration et la reconnaissance de Philippe Bruneau envers ce grand musicien. L’arrangement proposé ici fait appel au bagage de pianiste classique de Rachel qui confère à la pièce un caractère distinctif.  

7 - Un Canadien errant : Ce vieil air traditionnel sur lequel des paroles patriotiques ont été mises en 1842 par M.A. Gérin-Lajoie fut publié en1865 dans Chansons populaires du Canada d’Ernest Gagnon qui écrivait alors: Le Canadien errant de M.A. Gérin-Lajoie, composé précisément au début des dures années d’exil des révoltés de 1837 et 1838 alors que tant d’honnêtes familles pleuraient l’absence de pauvres Canadiens, bannis de leurs foyers, devint, en quelques mois seulement, extrêmement populaire. Philippe en fait une œuvre, sous forme de thème et variations, étonnamment complexe, poussant le petit accordéon aux limites de ses possibilités!  

8 - Hommage à Alfred Couillard : Ce fut un réel plaisir pour Rachel de découvrir et d’interpréter ce morceau à partir des précieuses partitions d’accompagnement écrites de la plume de Dorothée Hogan. Alfred Couillard (1920-1992), accordéoniste lui-même, était un  fervent admirateur et ami de Philippe Bruneau. Il joua dans les veillées de la région de Montmagny pendant plus de quarante ans. Hommage à M. Couillard (Alfred) : Composé par Philippe Bruneau le 19 mai 1981. «Accordéoneux à Saint-Eugène, originaire de Québec, Alfred Couillard est un grand ami pour moi et qui a encore beaucoup à m'apprendre».  

9 - Hommage à Sabin Jacques : Déployant davantage leur créativité dans la réalisation de cet arrangement, Sabin et Rachel ont modifié légèrement la forme de l’œuvre, amenant quelques nouvelles séquences harmoniques et même mélodiques. Autrement, cette marche de forme typique AA, BB Trio AB, n’est pas sans rappeler les grandes marches de Sousa. Philippe raconte comment il était fasciné par les fanfares nombreuses dans son enfance et que, déjà très jeune, il les suivait, obligeant ses parents à aller le recueillir au poste de police.  

10 - Hommage à Jimmy DiGenova : Depuis 1958, Jimmy DiGenova s’intéresse à la danse folklorique. Huit ans plus tard, il fondait la troupe folklorique Les Sortilèges qu'il fit évoluer d’activité parascolaire à leurs débuts à une troupe de réputation et de calibre international. Jimmy DiGenova contribua aussi au milieu en mettant sur pied le centre de documentation Marius-Barbeau, lieu de mémoire vivante et d’archives des Sortilèges et des Feux Follets. Cet arrangement particulier porte la signature originale de Sabin et Rachel, dans lequel on ne ménage pas les couleurs.   

11 - Hommage à Tico Petit : Philippe Bruneau rend ici hommage à Jean-Claude Petit dit Tico, fameux accordéoniste de Saint-Basile de Portneuf, membre des Basiliens, groupe qui fit danser tout le comté de Portneuf dans les années '70 et qui eu beaucoup d'influence sur la génération suivante. Même si la pièce fut composée en la mineur, on la joue ici en si mineur. Sabin s’est par ailleurs laissé inspirer par l’élan fantaisiste de la pianiste en apportant, lui aussi, à certaines phrases, de nouvelles tournures.   

12 - Hommage à Dorothée Hogan : Composé en 1979 pour l’anniversaire de madame Dorothée Hogan (1929-2004), née en Ohio et élevée à New-York, avant d’émigrer au Canada en 1962. Accompagnant Philippe Bruneau de 1978 à 1989, elle collaborera aux arrangements de ses grandes pièces de concert puis le suivra dans ses concerts et ses tournées, tout en participant à ses enregistrements. Après le départ de Philippe pour la France, elle demeura très impliquée dans le milieu de la musique traditionnelle québécoise, entre autres en accompagnant Sabin Jacques à de nombreuses reprises. Elle lui a même laissées quelques trames sonores enregistrées, confiées à Sabin en vue de ses tournées européennes en solo. Les yeux fermés, c’est toute la sensibilité et la touche de Dorothée elle-même que l’on perçoit ici. Cette valse de Philippe contribue, plus que tout, à garder vivant le souvenir de cette femme au grand cœur.   

13 - Hommage aux musiciens traditionnels : Composé au printemps 1979 par Philippe Bruneau, ce morceau de grande classe et de haute virtuosité témoigne du respect et de l’admiration que Philippe portait aux musiciens du peuple et à leur musique. 

Un merci particulier à Jean-Claude Bélanger pour les notes de programme originales ainsi qu'à Steve Jones pour la traduction.

Philippe Bruneau (1934-2011) left an indelible mark on the traditional music of Québec, both through his virtuosity as a performer and through his legacy of some 150 compositions—dance tunes and listening pieces—many of which have become classics. Through his father, Bruneau learned the repertoire of Montmarquette, Lajoie, Beaulieu, and of the groups Les Montagnards Laurentiens and La Famille Soucy. Later he developed his own sound through contact with Jean Carignan and Lionel Simard, and above all through his association with Dorothée Hogan, his pianist and companion for a decade. In 1991 Philippe Bruneau settled in France and had a family there. He continued to compose, dedicating his works to people from Québec and sometimes to his French family and friends. His sensitive, moving pieces make up an impressive body of work that will remain firmly established as a vital part of our musical heritage as Québécois. 

1 - Hommage à Alfred Montmarquette : Composed in memory of Alfred Montmarquette (1871-1944), an accordionist from Montréal, considered by Bruneau to be a master, and from whom Philippe’s father, Armand Bruneau, had got some of his repertoire as a young man. Montmarquette recorded a fascinating, varied output of marches, reels, waltzes and jigs that are central to the Montréal repertoire. Sabin and Rachel’s rendition of this piece, both in melody and accompaniment, comes from the original arrangement fashioned by Philippe and Dorothée. Sabin plays an accordion by Marc Savoy of Louisiana that is virtually identical to the one played by Philippe when the arrangement was created. 

2 - Hommage à Sainte-Cécile : A homage to Saint Cecilia, patron saint of music and musicians. Bruneau was a strong believer, and several of his compositions have something hymnic about them. Indeed, he often said that inspiration came to him from on high. Hommage à Ste-Cécile is also dedicated, in friendship and fraternity, to the celebrated accordion maker of Montmagny, Marcel Messervier, a musical quote from whom can be recognized in the tune. 

3 - Hommage à Jean-Paul Beaulieu : This tune was dedicated to saxophonist and clarinettist Jean-Paul Beaulieu, one of the last surviving members of Les Montagnards Laurentiens (1931-1962). Despite never making a commercial recording, this ensemble was for three decades one of the driving forces of popular music in Québec, and a household name to a generation of listeners who followed their career on the airwaves or heard them on tour. Jean-Paul Beaulieu was with the group for twelve years, quickly becoming its musical director. Here Sabin plays a three-row accordion in G/C/F, lending the piece an original flavour through the key signature of the three parts: G, D and B – the last a nod to the dedicatee’s woodwinds, instruments that are often happiest in flat keys. 

4 - Hommage à Vincent Ouellet : Vincent Ouellet, from the Lauzon neighbourhood of Lévis, is the grandson of Viateur Ouellet, another member of Les Montagnards Laurentiens. Vincent played with the legendary band Eritage from the late 1970s. Jean Carignan introduced Vincent to Bruneau as a promising member of the rising musical generation. The two appeared together on a few occasions, with performances at L’Anglicane concert hall in Lévis and at the Canadian Museum of History (then the Canadian Museum of Civilizations), in Gatineau. Although the original key of the piece is C-C-G, here it played in D-D-A, with  a ragtime-style accompaniment improvised by Rachel. 

5 - Hommage à John Kimmel : Bruneau composed this march in 1976 in the style of the great American diatonic button accordion player John Kimmel (1866-1942). Born to German immigrant parents, Kimmel spent his entire life in Brooklyn, where he kept saloons, in which he put on variety shows, himself performing in the intermissions with Joe Linder on piano. He was among the first accordionists to make commercial recordings of Irish music, and his virtuosic renditions of Irish, Scottish and American tunes still present a challenge to anyone seeking to master the diatonic accordion. Philippe Bruneau made no secret of having developed his technique by working on Kimmel’s breathtaking recorded performances. 

6 - Hommage à André Gagnon : A tune in honour of Québec pianist André Gagnon. After years spent accompanying and arranging the music of Québec chansonniers, Gagnon came to international notice with classical compositions. 1972 saw the release of his LP Les Turluteries, with baroque-style arrangements of the songs of Madame Bolduc, followed in 1975 by Neiges, featuring the famous Petit concerto pour Carignan et orchestre composed for celebrated fiddler Jean Carignan, a former musical partner of Bruneau’s. It was doubtless these two milestones that kindled Philippe’s admiration for Gagnon. The arrangement here calls on Rachel’s classical chops, lending the piece a distinctive flavour. 

7 - Un Canadien errant : The patriotic words that M.A. Gérin-Lajoie set to an old traditional air in 1842 were published in Chansons populaires du Canada (1865) by Ernest Gagnon, who wrote: “Le Canadien errant by M.A. Gérin-Lajoie, composed at the beginning of the hard years of exile for rebels in 1837 and 1838, when so many honest families lamented the absence of poor Canadiens*, banished from their homes, became extremely popular in a matter of months.” Bruneau turned the tune into a quite astonishing opus, in the form of theme and extremely complex variations, pushing the little accordion to its limits! [*Note that in earlier times, the word Canadien was used by francophones to refer to their own people, and is not to be taken here to mean an inhabitant of present-day Canada!] 

8 - Hommage à Alfred Couillard : Rachel took delight in discovering this piece through a real treasure, Dorothée Hogan’s handwritten accompaniment scores. Alfred Couillard (1920-1992) was an accordionist who played for dances in the Montmagny area for over forty years, and a friend and fervent admirer of Bruneau, whose notes on the piece read: “Hommage à M. Couillard (Alfred): Composed by Philippe Bruneau on 19 May 1981. An accordionist living in Saint-Eugène, originally from Québec City, Alfred Couillard is a great friend to me, and has much still to teach me.” 

9 - Hommage à Sabin Jacques : Giving freer rein to their creativity in this arrangement, Sabin and Rachel have made small changes to the form of the piece, introducing some new harmonic and even melodic figures. Otherwise, this march in the typical form AA, BB Trio AB, has echoes of the marches of Sousa. Philippe used to tell of his childhood fascination with the brass bands that were common at the time. As a very small boy he would follow bands through the streets, obliging his parents to fetch him from the police station. 

10 - Hommage à Jimmy DiGenova : In 1958, Jimmy DiGenova discovered an interest in folk dancing. Eight years later, he founded the folk-dance ensemble Les Sortilèges, which he developed from an extra-curricular school activity to a troupe with an international reputation. DiGenova also contributed to the tradition by setting up the Marius Barbeau Documentation Centre to preserve the archives of Les Sortilèges and Les Feux Follets. This unusual arrangement bears the signature of Sabin and Rachel, with copious use of musical colours. 

11 - Hommage à Tico Petit : Philippe Bruneau here pays tribute to Jean-Claude “Tico” Petit, a well-known accordionist of Saint-Basile de Portneuf, and a member of Les Basiliens, a 1970s band that got everyone dancing in the county of Portneuf and was a key influence on the next generation. Although the piece was composed in A minor, it is played here in B minor. Sabin allowed himself to be inspired by the pianist’s flights of fancy, introducing new turns into certain phrases of the melody. 

12 - Hommage à Dorothée Hogan : Composed in 1979 as a birthday present for Dorothée Hogan (1929-2004), who was born in Ohio, raised in New York, and emigrated to Canada in 1962. (Her real name was Dorothy, but she proudly adopted the French appellation by which she was known to the traditional-music community of Québec.) She accompanied Bruneau from 1978 to 1989, working with him on arrangements of his concert pieces, accompanying him in concerts and on tour, and participating in his recordings. After Bruneau left for France, she remained deeply involved in the traditional music scene in Québec, and accompanied Sabin Jacques on many occasions. She even left Sabin a number of recorded soundtracks for use on his solo European tours. Listening with closed eyes, here we can feel Dorothée’s own sensitive touch. This waltz by Bruneau helps keep the memory of this big-hearted grande dame alive. 

13 - Hommage aux musiciens traditionnels : Composed in spring 1979, this grand, brilliant and difficult piece testifies to Bruneau’s respect and admiration for the musicians of the people and their music.

Special thanks to Jean-Claude Bélanger for original texts and Stephen Jones for translation.